Une fois de plus j'ai rêvé d'elle. Les circonstances et le scénario sont à chaque fois différents, mais une chose reste identique: il y a toujours un moment où on se retrouve côte à côte, on se regarde, et on pleure. On pleure parce qu'on ne peut se parler, on pleure parce qu'on est fachées, pour la vie. Parce qu'on sait qu'il y a un mur entre nous , que nous l'avons érigé nous-même, et que l'on ne peut franchir ce mur, ni le détruire. Je pleure, elle pleure. On se regarde, on regarde les larmes couler sur nos joues, et on ne peut rien y faire. Nous finissons toutes deux par tourner la tête et le rêve s'arrête là.
J'ai perdu une amie, j'ai perdu un morceau de ma vie.
Non, je ne l'ai pas perdue en fait, je l'ai plutôt éjectée. Ejectée pour tout un tas de bonnes raisons, pour tout un tas de mauvaises aussi. Parce que je n'ai pas compris ni accepté sa façon d'élever son enfant, parce que je n'ai pas accepté la différence. Parce qu'elle n'a pas compris notre besoin de secret, son besoin de silence à lui, cette intimité absolue qu'il nous fallait et que cette incompréhension m'a profondément blessée. Parce que je n'ai plus supporté que les yeux de mon homme soient confrontés à sa nudité sans qu'il la cherche. Parce qu'enfin d'incompréhensions en quiproquos on a fini par ne plus parler la même langue. J'ai voulu lui faire comprendre que nous n'arrivions plus à discuter ensemble et que ça me faisait mal, que je préferais poursuivre mon chemin que de continuer à se voir sans se voir, et discuter sans rien dire . Elle n'a pas compris, et je me suis reçue en pleine face des choses auxquelles je ne m'attendais pas. J'ai voulue être vraie pour que nos chemins se séparent simplement, sans aller plus loin dans les incompréhensions, et ça n'a fait qu'empirer les choses. Je ne m'attendais pas à cette haine, je n'ai pas compris. J'étais trop naïve, j'étais trop stupide... je n'ai jamais compris ce que j'avais dit de si blessant, ce que j'ai fait qui ait pu "insulter toute sa famille". Personne ne m'a expliqué, et je suis restée prostrée dans mon coin, incapable de comprendre deux mots de ce qu'on me reprochait. A cette époque je n'allais vraiment pas bien, bloquée dans un trouble panique dont je n'arrivais pas à me sortir, enfermée aussi dans mes préjugés, parce que tenir ferme sur mes positions était tout ce qui me donnait une contenance. Je n'étais certainement pas ouverte d'esprit, et dans un sens pas assez sûre de moi non plus. Je pense que beaucoup de malentendus auraient pu être évités si j'avais eu le courage de dire simplement les choses, de dire simplement que telle ou telle attitude me gênait vis-vis de mon homme ou de mon enfant, d'expliquer mon point de vue sans me borner à penser que le sien était mauvais. Elle a écrit un jour "j'aurais pû la mettre face à ses failles mais ç'aurait été trop facile et méchant inutilement" . Je regrette qu'elle ne l'ai pas fait, j'aurais pu voir mes failles, j'aurais pu avancer plus vite. ça m'aurait fait mal, ça m'aurait certainement choquée, mais au moins j'aurais pû comprendre une partie de ce qui c'était passé.
Aujourd'hui je suis plus compréhensive sur de nombreuses choses, et j'admets volontiers que l'on puisse avoir une vision différente de la vie, de l'éducation, de l'amour, du travail, du moment que l'on prend la peine d'essayer de comprendre la mienne aussi.
Mais aujourd'hui c'est trop tard.
Et dans mes songes je verse des larmes sur tous ces moments partagés et si lointains, je verse des larmes sur ce que j'ai perdu, je verse des larmes sur cette putain de vie et toutes les conneries qu'elle nous fait dire parfois, sur ces actes que l'on ne peut effacer, sur ce qu'on ne retrouvera jamais.




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